Dans sa première pièce de théâtre musical Julie M en garde et en scène, la mezzo-alto Camille Merckx met à l’honneur Julie de Maupin (1670–73/1707), notamment connue par le roman de Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin. Sur scène se côtoient aussi bien la musique baroque française de Lully à Campra, que l’escrime, que pratiquait également la cantatrice. A la fois artiste et femme libre, Julie de Maupin créa de nombreux rôles de Campra et fut la première mezzo-soprano, ou « bas dessus » de l’opéra de Paris au XVIIIe siècle.
Avant d’aborder le personnage de Julie de Maupin, un petit mot sur la compagnie Les Perles de Verre, que vous venez de créer ?
Camille Merckx : J’ai créé la compagnie pour ce spectacle sur Mademoiselle de Maupin. Son nom est tiré d’un roman de Hermann Hesse, un auteur que j’adore, qui s’intitule Le jeu des perles de verres. Ce n’est pas mon livre préféré de cet auteur, mais l’éthique du travail artistique qui ressort de cet ouvrage me parle : il évoque ce mélange des arts, des sciences, de la nature, de tout ce qui nous entoure pour réussir à créer un objet plus pertinent, plus rationnel, que ce soit un objet philosophique, politique, ou autre.
Revenons à Julie de Maupin : qui est-elle ?
C. M. : Julie de Maupin, c’est la première mezzo, le premier “bas-dessus” de l’opéra de Paris au XVIIIe siècle. Elle a été mariée très jeune, mais cela ne l’a pas dérangée pour continuer à mener sa vie tranquillement. Elle était extrêmement libre, elle voyageait seule sur les routes. Elle était escrimeuse et se battait en duel dès qu’il y avait un problème. Quand elle voyageait seule, elle était habillée en pantalon ou en habit de cavalier – et non « en homme », car j’essaie justement de ne pas dire « habit d’homme », dans mon spectacle. Elle a été condamnée à mort deux fois car les duels avaient été interdits par décret royal, puis graciée par le roi. Elle était bisexuelle et a eu deux grandes histoires d’amour : un comte guerrier qui l’a suivie toute sa vie et une grande, magnifique comtesse à la fin de sa vie, dont elle était folle. Elle a créé énormément de rôles de Campra. D’ailleurs, il a été très difficile de choisir quels éléments de sa vie raconter. Si on avait tout mis, on aurait eu un spectacle de quatre heures ! L’idée n’était pas de faire un biopic. On fait des rebonds, des flash-backs, mais là où je me suis sentie le plus légitime pour raconter sa vie, c’était les années à l’opéra. En tant que chanteuse, quand je lis sa biographie, je sais ce qu’elle a vécu à cet endroit-là.

Comment connaissait-elle l’escrime ?
C. M. : Elle a grandi dans les écuries du château de Versailles et son père était secrétaire du comte d’Armagnac. Elle n’avait pas de mère et jouait avec les garçons, son père l’a sans doute un peu laissée faire. Elle a envoyé son mari en province en négociant un peu avec le comte d’Armagnac : elle acceptait de se marier avec lui à cette unique condition. Elle a pu ainsi monter à Paris où elle a continué sa vie, avec ses amants. Ce qui, apparemment, ne posait pas de problème à son mari. Elle l’a même fait revenir à Paris vers la fin de sa vie, tout en continuant à « faire la fofolle » avec ses amis.
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