Lorsqu’il a créé le festival Valletta Baroque en 2013, le directeur artistique Kenneth Zammit-Tabona se souvient qu’à l’époque, il n’y avait ni théorbe ni clavecin sur l’île. Pourtant, le baroque est omniprésent dans les palais, châteaux et demeures de l’ancienne noblesse de La Valette et de ses environs. Aujourd’hui, la situation a changé : le rendez-vous de janvier du festival est devenu incontournable pour les ensembles européens. Et dans la foulée du festival, un Valletta Baroque Ensemble a été créé, suivi du chœur Abos Project, du nom de Girolamo Abos, compositeur maltais dont le festival propose cette année la version scénique de son opéra Pelopida. L’occasion, en reportage, d’une découverte hivernale d’un festival du Sud.
La Valette, carrefour baroque de l’Europe
À Malte, le soleil printanier de janvier se laisse régulièrement rappeler à l’ordre par l’hiver : giboulées soudaines, rafales de vent froid, ciel changeant. Rien pourtant qui ne puisse freiner le 14e Festival Valletta Baroque, installé au cœur de la cité fondée par le chevalier français Jean de Valette après le Grand Siège de 1565.
Le concert d’ouverture se tient dans l’imposante co-cathédrale Saint-Jean, écrin baroque où se succèdent les chapelles, dont huit sont dédiées aux différentes langues des chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean – la chapelle des Rois Mages (allemande), celle de Sainte-Catherine (italienne) et celle de Saint-Paul (française), notamment. Dans la nef de près de 800 places, comble pour l’occasion, se croisent un public maltais, mais aussi des visiteurs français, espagnols, italiens et coréens. Au pupitre, le chef italien Vincento Di Betta dirige l’ensemble romain La Cantoria.

Le directeur artistique Kenneth Zammit-Tabona l’affirme : « La musique baroque est née à une époque où l’Europe était à l’apogée de sa civilisation ; sa célébration, elle, doit être infinie ! » Ce soir, il a choisi une œuvre rare et symbolique : la Messa de’ Morti a 5 concertata de Bonaventura Rubino (1600–1668). Né en Lombardie, devenu moine franciscain, il fut maître de chapelle à la cathédrale de Palerme entre 1643 et 1668. Composée vers 1653, cette messe revêt une importance particulière pour Malte : l’unique exemplaire imprimé connu – la partition manuscrite étant aujourd’hui perdue – est conservé sur l’île, dans les archives musicales de la cathédrale de Mdina. Un choix qui donne le ton : érudition, circulation des sources et ancrage méditerranéen.
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