Ils sont tous deux chanteurs, forment un couple dans la vie, et vivent près de Perpignan. Sous le nom de Gemelli Factory, ils ont fondé un ensemble et un label, publient des livres-disques, et multiplient les projets. Une (pas si) petite aventure baroque menée à deux voix. Entretien croisé avec Mathilde Etienne et Emiliano Gonzalez Toro.
Deux artistes, mille chemins
Mathilde Etienne : Moi, Mathilde, chanteuse ? C’est une question à laquelle je n’ai jamais su répondre. En tout cas, c’est ce que je fais. Mais c’est difficile à résumer, parce que je ne me suis jamais vraiment inscrite dans une case. J’ai fait des études de lettres, de théâtre, de musique en parallèle. Je ne viens pas d’une famille de musiciens, mais j’ai toujours baigné dans un rapport au chant, un peu artisanal, très féminin. Et à 18 ans, au Conservatoire de Liège, en Belgique, j’ai découvert Monteverdi. Ça a été un choc, immédiat. Et parce que je faisais à la fois du théâtre et de la musique, on m’a confié Il pianto della Madonna, une pièce pensée pour une actrice : c’est là que j’ai compris que musique et théâtre étaient inséparables pour moi. Depuis, je cherche à tout rassembler : la voix, les mots, le jeu, l’image… et j’avance comme ça, par hybridations.
Emiliano Gonzales Toro : Moi, c’est plus simple : je suis chanteur. Autodidacte – pas sur tout, mais sur pas mal de choses. J’ai été hautboïste, j’ai fait de la salsa, j’ai mixé, j’ai produit des disques. Tout ce que je fais, je le fais en apprenant sur le tas, avec curiosité. Et je vais toujours au bout d’un sujet. Je suis un peu obsessionnel : j’explore, je maîtrise, puis je passe à autre chose. Avec Mathilde, on s’est trouvés là-dessus : on aime tout faire nous-mêmes, du son à l’objet final. Et dans la musique ancienne, après soixante années d’histoire de l’interprétation historiquement informée, on cherche à apporter une vision nouvelle. On est la troisième ou quatrième génération baroque après les pionniers du XXe siècle : c’est à nous maintenant d’en réinventer les contours.
La rencontre en Espagne
E. G. T. : On s’est rencontrés à Cuenca, en Espagne, en 2005. Je revenais de vacances à Cuba, à l’époque où j’étais DJ entre autres. À la sortie de l’avion à Madrid, je reçois un coup de téléphone : “Il faut que tu viennes tout de suite à Cuenca, le ténor qui doit chanter dans les Vêpres de Monteverdi demain est malade.” J’arrive à Cuenca en pleine répétition. Ils en étaient à la fin du Magnificat, au moment où je devais chanter le Gloria. Il se trouve que parmi les chanteuses, il y avait Mathilde.
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