Le Québec et l’orgue baroque : une longue histoire d’amour

→Comment la Belle Province a fait renaître les sonorités d’orgue des XVIIe et XVIIIe siècles dans le Nouveau Monde.

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Le Québec et l’orgue baroque : une longue histoire d’amour
Inauguré en 1937, l’orgue Casavant Frères Opus 1508 de l’église Notre-Dame-de-Grâce (Montréal) compte 3 claviers, 44 jeux et 41 rangs, avec traction électropneumatique © Denis Gagné, Orgues au Québec

Parler d’orgue baroque mettra immédiatement en tête des instruments européens célèbres comme ceux de Saint-Maximin-la Sainte-Baume, d’Alkmaar, de St. Jacobi à Hambourg ou de la cathédrale de Tolède. Et si le Québec, sans se comparer aux « vieux » pays, avait aussi quelque chose à offrir pour jouer Bach, Couperin et Frescobaldi ?

La colonisation de la vallée du Saint-Laurent a beau avoir débuté quelques mois après que Monteverdi a donné à entendre son Orfeo, il ne reste aucune trace matérielle des quelques instruments qui y ont été construits ou importés aux XVIIe et XVIIIe siècles. Dans les années 1940-1950, un organiste voulant jouer Bach avait normalement à sa disposition un Casavant à l’attaque pâteuse, et pauvre en harmoniques aiguës (les jeux de mixtures) et en sonorités idiomatiques du baroque (on pense à des jeux comme le nazard, la tierce ou le cromorne).

Les jeunes organistes à l’assaut 

On voit rapidement de jeunes loups de l’orgue ruer dans les brancards. Pour la plupart formés en Europe, où ils ont l’occasion de jouer de nombreux instruments anciens, Gaston et Lucienne Arel, Bernard et Mireille Lagacé, Kenneth Gilbert et Raymond Daveluy s’associent dans Ars Organi, une société visant à ramener à l’avant-plan la musique d’orgue baroque.

Bernard Lagacé (1930-2025), organiste, claveciniste et pédagogue canadien, réputé pour ses cycles complets de l’œuvre de Bach et son rôle dans le renouveau de l’orgue néo-baroque © Deezer (Bernard Lagacé)

La commande coup sur coup – leur influence n’y est pas étrangère – de trois instruments (dont celui, célèbre, de l’Oratoire Saint-Joseph) au facteur autrichien d’avant-garde Rudolf von Beckerath est un coup de massue pour Casavant, qui avait à peu près le monopole de la construction d’orgue à ce moment au Québec. Mais il serait faux de dire que l’organier avait fait la sourde oreille au renouveau de la facture d’orgue en Europe depuis les années 1920. « On a toujours dit qu’il ne s’était rien passé chez Casavant avant 1958 et l’arrivée du directeur tonal Lawrence Phelps, mais ce n’est pas vrai. Il faut rendre hommage à Stephen Stoot d’avoir essayé de répondre autant que faire se peut aux demandes des organistes. On pense à l’orgue de l’église Saint-Roch à Québec en 1943 », explique Simon Couture, actuel directeur tonal de l’entreprise, qui fêtera bientôt ses 150 ans.

Angel

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