Imaginée par le gambiste (et bien nommé) Craig Trompeter et partie avec des moyens minuscules et une équipe presque entièrement bénévole, Haymarket Opera Company s’est progressivement imposée bien au-delà de Chicago sans renoncer à ce qui fait sa singularité : ressusciter des œuvres oubliées en accordant autant de soin à l’interprétation historiquement informée qu’à la scène. Aujourd’hui, la compagnie franchit une nouvelle étape avec L’Orfeo de Monteverdi, l’un des projets les plus ambitieux de ses quinze années d’existence, qu’elle donnera du 24 au 27 septembre 2026 au Sasha and Eugene Jarvis Opera Hall de la DePaul University. Une belle occasion de revenir sur le parcours singulier qui l’a menée jusque-là.
Haymarket commence ses activités en 2011 dans une certaine incertitude. « Je ne savais pas du tout ce qui allait se passer et, d’une certaine manière, je ne le sais toujours pas, confie Craig Trompeter. J’ai l’impression que toutes les possibilités nous sont ouvertes. » Le public répond pourtant très vite présent et les étapes s’enchaînent : dès 2012, le New York Times salue sa Descente d’Orphée aux Enfers de Charpentier, « finement jouée, soigneusement chantée et travaillée avec amour » ; en 2017, la compagnie fait ses débuts européens à Malte avec le San Giovanni Battista de Stradella ; en 2023, BBC Music Magazine décerne cinq étoiles et le titre d’« opéra du mois » à son premier enregistrement mondial de L’Amant Anonyme de Joseph Bologne ; enfin, en 2025, Haymarket fait ses débuts au Ravinia Festival avec Alcina de Haendel et Nicole Cabell.

Cette progression conduit aujourd’hui à L’Orfeo, un projet dont Trompeter rêvait depuis longtemps : « C’est évidemment merveilleux de pouvoir monter ce qui est la plus ancienne œuvre du répertoire [ancien]. Nous en rêvions depuis longtemps ! » Une trajectoire d’autant plus remarquable que les moyens restent sans commune mesure avec ceux des grandes institutions voisines. « Avec une fraction du budget des autres compagnies qui nous entourent, nous avons réussi à nous faire une place dans le paysage culturel de Chicago », résume le directeur général Chase Hopkins.
Les débuts
Qu’un gambiste ait envie de fonder une compagnie d’opéra baroque n’avait rien d’étonnant aux yeux de Trompeter, depuis longtemps passionné par ce répertoire. Il était convaincu que Chicago, grande ville d’opéra dotée d’une scène de musique ancienne en plein essor, serait réceptive au projet. « Depuis que je suis tout jeune, j’ai toujours adoré la musique vocale, explique-t-il, et mes plus grands moments musicaux avant Haymarket étaient tous liés, d’une façon ou d’une autre, à l’opéra et aux chanteurs. J’ai donc tout simplement décidé que je voulais avoir davantage l’occasion de travailler dans cet univers. »
Dès le départ, Trompeter tient à ce que la compagnie adopte une démarche historiquement informée aussi bien sur le plan musical que scénique – une approche encore rare, que seules deux autres institutions suivent en Amérique du Nord : le Boston Early Music Festival et Opera Atelier, installé à Toronto, au Canada. Pour lui, il est tout simplement logique que ce que l’on voit sur scène corresponde à ce que l’on entend dans la musique : costumes et décors d’époque, gestes élégants au service de la ligne musicale. « Cela apporte bien davantage au spectacle que de voir des gens en vêtements contemporains sans caractère particulier, qui se déplacent exactement comme nous dans la vie quotidienne, explique-t-il. Pour moi, c’est de la poésie. Nous cherchons toujours à exalter la poésie et le sens de ce que nous faisons. »

Prendre son essor
La Haymarket Opera Company – dont le nom renvoie à la fois à l’émeute de Haymarket de 1886 à Chicago et au Haymarket londonien, rue où Haendel créa plus de vingt-cinq de ses opéras au King’s Theatre – commence ses activités en 2011. Depuis, la compagnie a étoffé ses saisons et élargi son champ artistique, accueillant au sein de distributions déjà solides des figures reconnues de la musique ancienne comme Nicole Cabell et les contre-ténors Kangmin Justin Kim et Bejun Mehta. « J’ai l’impression qu’en ce moment, presque tout ce que nous faisons constitue une nouvelle étape. Ces dernières années ont été particulièrement enthousiasmantes », observe Trompeter.
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