Apollo’s Fire

Qui peut arrêter Jeannette Sorrell ?

→À Cleveland comme à Londres, Apollo’s Fire déjoue les discours sur le déclin de la musique classique. Fondé en 1992 par la claveciniste et cheffe Jeannette Sorrell, l’ensemble s’est imposé en quelques décennies comme l’un des plus dynamiques du paysage baroque américain. Entre fidélité à l’“affekt” et audace des programmes, il séduit un public toujours plus large, porté par une énergie scénique et une vision artistique intactes.

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Qui peut arrêter Jeannette Sorrell ?
"Quand on assiste à un concert d’Apollo’s Fire, les salles sont pleines à craquer et le public est absolument ravi d’être là !" © Roger Mastroianni

En 1991, à seulement 26 ans, sans aucune perspective d’emploi, Jeannette Sorrell a fait ce que beaucoup ont entrepris dans le monde entrepreneurial de la musique ancienne : la claveciniste et cheffe a fondé en 1992 son propre ensemble baroque basé à Cleveland, Apollo’s Fire. Depuis, celui-ci a acquis une reconnaissance internationale pour son jeu passionné et dynamique, la richesse et la rigueur de ses programmes, ainsi que pour son professionnalisme, sur scène comme en dehors. L’ensemble, qui ne comptait au départ qu’un employé à temps partiel en plus de la cheffe, dispose aujourd’hui d’une équipe de dix salariés à temps plein et de neuf à temps partiel. Il donne 35 concerts à Cleveland et dans ses environs, ainsi que dans sa seconde implantation, Chicago, tout en assurant régulièrement des tournées aux États-Unis et à l’étranger. Portrait d’une entreprise baroque à succès.

Tournée anglaise

« On entend sans cesse ces lamentations sur la musique classique : elle serait en train de mourir, c’est un art en voie de disparition, les salles se vident », explique la soprano new-yorkaise Sonya Headlam, soliste régulière de l’ensemble depuis 2021. « Mais quand on assiste à un concert d’Apollo’s Fire, les salles sont pleines à craquer et le public est absolument ravi d’être là ! »

L’ensemble doit effectuer du 24 au 26 avril sa sixième tournée en Grande-Bretagne, avec une résidence de deux jours à la célèbre église londonienne St Martin-in-the-Fields, avant de se rendre dans le Suffolk pour un concert organisé par Britten Pears Arts à Snape, près d’Aldeburgh.

À Londres, il proposera un récital de musique de chambre ainsi qu’un concert nocturne de type « bistro », en plus de deux programmes principaux : le 24 avril, des doubles concertos « en miroir » réunissant des membres d’Apollo’s Fire et des English Baroque Soloists, et, le 25 avril, un programme intitulé O Jerusalem! Crossroads of Three Faiths (“Ô Jérusalem ! à la croisée de trois religions”).

Ce dernier, qui mobilise 26 musiciens, figure parmi les programmes les plus populaires de l’ensemble. Il s’inscrit notamment dans le prolongement de l’enregistrement Sephardic Journey paru en 2016, qui s’était hissé à la deuxième place du classement Billboard « world music » et à la septième place du classement classique.

“A star is born”

Née à San Francisco avant de s’installer en Virginie avec sa famille, Jeannette Sorrell commence le piano à l’âge de neuf ans et dirige, six ans plus tard à peine, des ensembles vocaux et instrumentaux depuis son clavier à l’église.

À 17 ans, elle est profondément marquée par le son vert et frais des ensembles sur instruments anciens qui émergent alors en Europe, tels l’Academy of Ancient Music ou le Leonhardt Ensemble. Elle commence alors à rêver de fonder son propre groupe, sans vraiment croire que cela puisse un jour se réaliser. « Je suis tombée amoureuse du son de ces instruments sur les enregistrements », confie-t-elle.

À l’époque, il n’existe pas de cursus diplômant en interprétation historiquement informée. Jeannette Sorrell obtient donc un diplôme d’artiste en clavecin et étudie la direction au Conservatoire d’Oberlin (Ohio), où elle est diplômée en 1990. Elle poursuit sa formation à la direction au Tanglewood Music Festival à Lenox (Massachusetts) ainsi qu’au Aspen Music Festival (Colorado).

En 1990-1991, elle se rend à Amsterdam pour étudier auprès du chef et claveciniste néerlandais Gustav Leonhardt (1928-2012), l’un des pionniers les plus respectés du mouvement de la musique ancienne, une expérience déterminante pour elle.

Angel

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