Le Chansonnier de Louvain, c’est l’histoire d’un manuscrit musical majeur des années 1470 réapparu dans une vente aux enchères en 2015 : la vielliste Anna Danilevskaia et les membres de son ensemble Sollazzo ont participé d’abord à sa renaissance avant de graver l’ensemble des 50 pièces en 4 CDs. Une opportunité irrésistible, mais aussi un véritable défi artistique !
L’enregistrement intégral du Chansonnier : un défi monumental
En 2018, après le marathon d’Amuz, on nous a proposé d’enregistrer l’intégralité du manuscrit. C’était une offre excitante… Mais aussi un défi énorme. Nous parlons de 50 pièces ! Déjà, creuser le bagage littéraire, musical, émotionnel d’une seule œuvre demande un engagement profond. Mais 50 ? Il ne fallait pas que cela ressemble à un simple document musicologique, mais que cela reste vivant, artistique, expressif. Au début, j’ai hésité. Puis, je me suis replongée dans le manuscrit, dans les pièces que nous n’avions pas encore explorées… Et j’ai décidé que nous allions le faire. Nous avons enregistré quatre CD, en avançant chapitre par chapitre, en sélectionnant à chaque fois les œuvres qui nous semblaient les plus inspirantes. Cette expérience m’a ouvert les yeux : au départ, en 2017, j’avais choisi les pièces qui me semblaient les plus attrayantes sur papier. Mais en travaillant sur le projet, j’ai découvert des morceaux que j’avais sous-estimés et qui m’ont bouleversée. Cela s’est répété à chaque étape du projet. Entre la partition écrite et la réalité sonore, il y avait un gouffre que seule l’interprétation pouvait combler.

Apprivoiser le temps du rondeau
Un autre défi était que 42 des 50 pièces étaient des rondeaux, une forme musicale très particulière de l’époque. Le rondeau suit une structure AB avec de nombreuses répétitions (AB-AA-AB-AB), ce qui est très éloigné de nos formats modernes. Nous devions entrer dans une autre manière de penser la musique, où la répétition comme concept et comme élément structurel prend son sens. Après avoir joué trois fois la partie A, le passage à la partie B peut être vécu comme une libération parfois, comme un pas vers l’inconnu d’autres fois. Il faut sentir cela dans le corps, dans l’interprétation. C’est une conception du temps et de la tension très différente de ce que nous connaissons aujourd’hui.
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