La première moitié du XVIIe siècle bouleverse profondément l’Europe. Crise économique (1620), peste de 1630 en Italie du Nord, guerre de Trente Ans (1618-1648) : les sociétés vacillent, tandis que les villes croissent et que s’affirment les monarchies absolutistes. Dans ce contexte en mutation, la musique se transforme elle aussi : la polyphonie des Franco-Flamands, longtemps langue commune du continent, cède la place à des styles nouveaux, plus contrastés. Parmi ces évolutions, la naissance de l’opéra baroque marque un tournant décisif. Né à Florence autour de 1600 avec Jacopo Peri (La Dafne, Euridice), ce nouveau genre entend renouer avec l’idéal antique d’un théâtre unissant musique et drame. Claudio Monteverdi en donne bientôt une forme accomplie avec L’Orfeo, créé à Mantoue en 1607. En quelques décennies, l’opéra italien s’impose et commence à rayonner bien au-delà de la péninsule.
De Florence à Venise
Rapidement, ce divertissement de luxe, accessible d’abord à un très petit groupe de privilégiés réunis dans une très petite salle, réunis dans une très petite salle, a pourtant été connu rapidement en Europe. On le retrouve bientôt dans d’autres lieux, des cours plus ou moins puissantes, qui ont les moyens de financer des représentations dans leurs théâtres, avec des musiciens locaux ou spécialement invités pour l’occasion. Très vite donc, on peut assister à des opéras dans d’autres villes du Nord de l’Italie, puis à Salzbourg en 1614, Vienne en 1626, Prague en 1627, Varsovie en 1628. Là encore, le public se compose de la cour d’un prince et de ses invités étrangers, et reste, de ce fait, extrêmement limité.

Tout va changer en 1637 à Venise : une troupe venue de Rome s’installe dans le théâtre San Cassiano, appartenant à la famille noble des Tron, qui a obtenu l’autorisation de faire représenter un « dramma per musica », spectacle de théâtre entièrement chanté, pendant le temps du Carnaval. Il n’y a pas encore à cette date de concert public, c’est la première fois que les gens – ceux du moins qui en ont les moyens – vont pouvoir payer pour écouter de la musique, le spectacle en plus. Cette nouveauté de faire payer pour assister à un opéra va faire florès : quelques carnavals plus tard, les représentations d’opéras se sont multipliées à Venise, dans de nombreuses salles différentes. Pour les propriétaires de théâtre, l’idée de peut-être faire fortune les meut, et les incite à faire appel pour cela à de multiples talents. Il faudra engager un librettiste, un compositeur, des chanteurs, des instrumentistes, des menuisiers pour les décors, des couturières pour les costumes, des machinistes, des ouvreuses, et le principal : un impresario. En fait c’est même par l’impresario qu’il faut commencer. Au XVIIe siècle, l’impresario est celui qui se charge d’engager tous les protagonistes qui vont permettre de monter un ouvrage. Parfois il cumule plusieurs emplois : il peut être le librettiste ou le compositeur, et/ou l’un des chanteurs. Francesco Cavalli (1602-1676) par exemple est à la fois compositeur et impresario. Parfois, l’impresario dirige déjà une troupe itinérante qu’il amène avec lui. Généralement c’est sur ses épaules que repose la charge financière de l’entreprise. Car il s’agit bien d’une entreprise !
En fait dans ce troisième volet des voyages de la musique, surgit le business de la musique !
Il n’en était pas question dans le parcours du chant d’église des premiers chrétiens, et pas non plus vraiment dans la diffusion du style franco-flamand dans toute l’Europe. Même si dès cette époque, le chant et la musique sont un moyen d’épater la galerie et de montrer qu’on est très riche et puissant !
Dès 1637, l’opéra italien sera représenté à la fois dans les théâtres de cour, où on ne regarde pas à la dépense (les impôts y pourvoieront !), et dans les théâtres publics payants, où on voudrait bien faire fortune, mais où il faut faire attention aux finances…
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