À bien des égards, SalonEra, fondé en 2020, relève d’une entreprise hautement périlleuse. Cette série vidéo en ligne, saluée par la critique et portée par l’ensemble baroque Les Délices, basé à Cleveland, n’est ni particulièrement rentable ni simple à produire. Et pourtant, pour une multitude de raisons, l’existence de SalonEra se justifie aisément. Désormais entrée dans sa sixième saison, cette série aux thématiques très larges fait preuve d’une richesse sans cesse renouvelée : une véritable mine d’or de savoir musical dont la valeur et la variété, à destination de spectateurs du monde entier toujours plus nombreux, ne font que croître. Retour sur cette démarche originale, co-dirigée par l’hautboïste Debra Nagy et la violoniste Shelby Yamin.
« Quand je repense à tout ce que nous avons produit, je suis stupéfaite », confie Debra Nagy, fondatrice des Délices et principale animatrice des programmes SalonEra. « Pour nous, c’est une manière de sortir des sentiers battus, et c’est pour cela que cela reste, à mes yeux, une entreprise qui en vaut la peine. »
Les bénéfices pour le public ne font aucun doute. Non seulement SalonEra a largement dépassé ses ambitions d’origine (un moyen de survivre à la pandémie), mais la série est devenue une ressource remarquable, comblant un manque que personne, dans le milieu des musiques anciennes, pas même Nagy, n’avait initialement identifié.
Les premiers épisodes, diffusés en 2020, ressemblaient à ce que de nombreuses organisations proposaient alors. Ils remplaçaient en quelque sorte les concerts en direct que Les Délices auraient présentés, mais à un rythme plus soutenu.
Un besoin de lien et de collaboration
Debra Nagy se souvient qu’elle« brûlait d’envie » de collaborer avec ses collègues, même à distance, incapable en tant qu’hautboïste de jouer seule une œuvre entière. De nouveaux programmes paraissaient environ deux fois par mois, soit un total de 17 pour la première saison.
Au fil des années suivantes, avec la reprise des activités régulières, la fréquence des nouveaux épisodes a diminué — la saison cinq n’en compte que huit — mais la profondeur et la qualité globale de la production se sont accrues.
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